LES ECHOS: Le Soudan pétrolier suscite les convoitises (n° 19805 – 30/11/2006)

Le Soudan pétrolier suscite les convoitises
Six ans après avoir fait ses premiers pas sur le marché pétrolier international, le Soudan, de tradition agricole, a exporté, l’an dernier, quelque 100 millions de barils. Le pays produit désormais autour de 500.000 barils par jour. Un chiffre destiné à augmenter rapidement. « En l’espace de quelques années, nous avons réussi à construire une filière pétrolière. Nous allons octroyer trois nouveaux blocs à explorer. Et notre potentiel gazier reste inexploité », se félicite, dans un entretien aux « Echos », le ministre de l’Energie et des Mines, le Dr Awad Ahmed al-Jaz. « Avec de la chance, le ciel sera notre seule limite », ose-t-il ajouter.

Chinois (Chinese National Petroleum Company), Indiens (ONGG Videst Limited) et Malaisiens (Petronas) ont pris une longueur d’avance dans cette aventure. Au risque d’être accusés, parfois, d’avoir alimenté l’effort de guerre de Khartoum contre les rebelles du Sud. L’accord de paix conclu, en janvier 2005, a mis un terme à vingt années de conflit, relayé toutefois par la crise du Darfour.

Cet accord prévoit un partage des revenus du pétrole entre gouvernements régionaux et central, et offre une sécurité étendue aux anciennes zones de guerre. Cela ouvre des perspectives nouvelles pour les compagnies occidentales. « La compétition est ouverte », lance le Dr Awad Ahmed al-Jaz. Il confie notamment qu’il espère que « Total pourra bientôt reprendre ses opérations ». « Nous sommes en passe de résoudre le problème », explique-t-il, en référence au différend entre le groupe pétrolier français et la société britannique White Nile, qui revendique le droit d’exploiter le même bloc.

Le ministre de l’Energie et des Mines a martelé ce message d’ouverture, hier, devant un parterre d’hommes d’affaires français. Ils étaient réunis par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, la Chambre de commerce franco-arabe et la Maison de l’Afrique. En écho, Christophe Peschaud, PDG de la société éponyme, a relaté son expérience « positive » du pays. Spécialisée dans la logistique pétrolière, la société transporte des matériels de forage. Présente au Soudan de longue date, en collaboration avec un partenaire local, la société a quitté le pays au milieu de la décennie 1980, en même temps que les compagnies occidentales, américaines notamment. Elle y est revenue récemment. Elle devra transporter du matériel, depuis Port-Soudan jusqu’aux zones marécageuses d’un bloc opéré par Petronas dans le sud-est du pays. « Nous avons créé une filiale avec notre partenaire d’origine. Nous prévoyons de former 160 Soudanais pour répondre au manque d’ouvriers spécialisés », précise Christophe Peschaud.

« Où est Air France ? »

De son côté, le français Dietswell Engineering a remporté un contrat de forage de 26 millions de dollars sur le même bloc. Il devrait démarrer de façon opérationnelle en mai 2007. Mais Dietswell Engineering a besoin d’un financement bancaire de 8 millions de dollars. Aucune institution financière française n’a répondu favorablement à l’appel. « Avec l’embargo américain sur le Soudan, les banques françaises actives aux Etats-Unis peuvent être interrogées sur leurs encours sur ce pays », commente Christian Mignot, de la banque Natexis.

Les entreprises tricolores restent globalement frileuses. « Nous avons emmené une délégation d’entreprises françaises, allemandes et britanniques au Soudan l’année dernière. Les Français étaient au nombre de 4, les Allemands 69 », regrette Saleh al-Tayar, le secrétaire général de la Chambre de commerce franco-arabe. Lufthansa et British Airways desservent Khartoum. « Où est Air France ? » s’interroge Saleh al-Tayar. Pour rompre avec cet attentisme, Christian Valéry, directeur associé de BOI et organisateur du pavillon français de la Foire internationale de Khartoum, a appelé les entreprises à venir nombreuses « découvrir le Soudan » du 24 janvier au 2 février prochain.

LAURENCE TOVI

Source Les Echos n° 19805 du 30 Novembre 2006 • page 8